vendredi 17 février 2012

La Zambie est en fête


Lusaka, 17 février 2012
Qui l’avait imaginé? Même les Zambiens n’y rêvaient pas. Ils sont si habitués à se rendre tout au plus en demi-finale. Cette fois-ci, les Chipolopolos, c’est-à-dire les Boulets, de l’équipe nationale de football, ou soccer, ont emporté leur premier titre de champion de la coupe d’Afrique en battant la redoutable équipe des Éléphants de Côte-d’Ivoire par un barrage au but, après un match de deux heures sans pointage. Déjà, la demi-finale contre le Ghana avait fait naître un élan patriotique sans précédent. Les foules se sont alors précipitées dans les rues pour exprimer leur joie. Encore plus en fut-il après une angoissante attente pour atteindre la dernière minute de la finale. Huit balles, c’est-à-dire huit tirs au but, ont été nécessaires pour abattre l’Éléphant, au dire des commentateurs sportifs. L’explosion d’allégresse qui s’en est suivi a duré toute la nuit jusqu’au retour des héros le lendemain après-midi, en provenance du Gabon. Jamais n’a-t-on vu une foule si nombreuse à l’aéroport de Lusaka. Le débordement était incontrôlable, ou presque. La télévision nationale a télédiffusé en direct pendant toute la journée les différentes étapes du retour des joueurs.
Cette victoire est d’autant plus significative que c’est précisément à Libreville, au Gabon, que la presque totalité de l’équipe nationale zambienne de football avait connu une fin tragique dans un écrasement aérien le 27 avril 1993. Depuis cette date, jamais la sélection zambienne n’avait refoulé le sol gabonais. Symboliquement, les joueurs ont déposé des gerbes de fleurs sur le lieu de l’accident quelques jours seulement avant l’ultime confrontation contre la Côte d’Ivoire. Les dirigeants de l’équipe et l’entraineur, Hervé Renard, français, y ont vu un signe du destin. L’équipe actuelle allait conquérir le trophée en souvenir et au nom de ceux qui ont péri. Cela s’est effectivement réalisé le 12 février dernier.
Voilà mon nouveau chez moi ; la Zambie, que je découvre lentement. Autrefois situé en banlieue, notre maison est reliée à la ville grâce à un large boulevard boisé. De nombreux ronds-points, constamment pris d’assaut par le trafic automobile, facilitent les déplacements. Les nuits sont généralement assez calmes entrecoupées parfois par le bruit des véhicules nocturnes ou l’aboiement des chiens, dont les nôtres. Sécurité oblige, la propriété est ceinturée de murs. J’ai tant de choses à apprendre : la conduite automobile à Lusaka, la mentalité associée à la vie urbaine, la mixité des tribus que peuple ce pays : les Bemba, les Tonga, les Ngoni, les Losi, les Lunda, les Kaondé, les Luvalé, pour ne nommer que les plus importants parmi plus de 70 d'entre-elles. Parallèlement, je découvre avec étonnement de vastes centres d’achat avec des Subway, des restaurants Sushi ou encore Pizza Hut, comme au Québec!
J’ai aussi commencé mon travail de secrétariat avec la rédaction de quelques rapports. Je prends ainsi connaissance des dossiers et je me familiarise avec les visages et les noms des confrères. Déjà, j’ai découvert l’emplacement de quelques ambassades. En effet, j’aurai souvent à m’y rendre pour des questions de visa à obtenir pour les confrères de passage et pour des permis octroyés par le service d’immigration de la Zambie.
Un peu à la manière des joueurs de football zambien, je fais appel à la mémoire de mes ancêtres pour trouver la bonne énergie qui me permettra de marquer des buts, c’est-à-dire à gagner le pari de rafler la coupe des champions, je veux dire par là, de célébrer la Vie, là où je suis.
La prochaine fois, je vous parlerai de mon récent voyage à Ndola, au nord du pays, à la frontière du Congo.
Serge St-Arneault, M.Afr
Photo de la coupe d’Afrique :
Photo de l’équipe victorieuse de la Zambie à Libreville, Gabon:
http://www.francetv.fr/info/la-zambie-remporte-la-coupe-d-afrique-des-nations-face-a-la-cote-d-ivoire_61335.html

mercredi 8 février 2012

Le printemps chrétien


Bonjour à tous,
Je suis arrivé à Lusaka il y a déjà un mois. Je commence à m'habituer à la conduite automobile dans cette grande et moderne ville. Comme nouveau secrétaire provincial, je contribue modestement à développer un sens d'appartenance et d'unité entre les confrères vivants dans quatre pays; l'Afrique du Sud, le Mozambique, le Malawi et la Zambie. Je vous en reparlerai en plus de détail un autre jour.
Aujourd'hui, je vous partage un texte que j'ai composé il y a quelques mois à la demande de Jasmine Johnson du journal de l'Église de Trois-Rivières. Ça sent déjà le printemps! 


Le printemps chrétien

L’année 2011 a été marquée par le printemps arabe qui a bouleversé l’échiquier politique et social de nombreux pays musulmans situés en Afrique du Nord et au Proche-Orient. La surprise a été totale. Les dictatures corrompues sont tombées pour laisser émerger à la fois une grande espérance, mais aussi beaucoup de violence meurtrière. C’est le prix à payer. Il s’agit d’un sacrifice douloureux que le peuple a accepté de relever, sans vraiment en connaitre les conséquences réelles. Trop longtemps mâté par l’oppression, le cri de la révolte s’est projeté dans toutes les directions laissant émerger l’héroïsme d’un peuple aux mains nues, affrontant un pouvoir répressif sanguinaire. Là se cache la puissance du désir de liberté. Cette aspiration profonde est un don de Dieu accordé à ses enfants que nous sommes. Jésus lui-même nous propose sans cesse de rechercher la véritable libération; celle de l’oppression causée par le manque d’amour et de justice, par le péché et le mal, par la souffrance et la peur.

Le printemps arabe est avant tout une revendication citoyenne. À cet égard, nos frères et sœurs chrétiens de ces pays se rallient à la cause sociale du mouvement arabe. Au cœur de ce conflit, ces chrétiens deviennent des témoins du sacrifice radical de Jésus-Christ qui offre sa vie par amour pour tous les humains. Pour eux comme pour nous, le défi est d’espérer et de croire en dépit de toute réalité contraire

Le printemps arabe ne se confine pas au monde arabe. Ce printemps nous appartient à nous aussi dans la mesure où il représente le combat que nous devons rejoindre nous-mêmes pour affronter les injustices sociales. À cet égard, à la suite de la crise du système financier international affectant des millions de citoyens, le mouvement de contestation amorcé à New York et dans d’autres villes américaines ou ailleurs, ainsi que tout l’effort déployé depuis de nombreuses années dans les associations de revendications sociales, auquel s’associe étroitement l’organisation catholique Justice & Paix, tout cela nous permet d’espérer et de croire en dépit de toute réalité contraire.

Celui qui nous donne l’exemple est celui-là même qui a su espérer et croire au-delà de la souffrance et de la mort. Jésus est le prototype de tous les printemps de contestation au nom de la véritable liberté qui est avant tout d’ordre spirituel. La crucifixion fut le prix que Jésus a dû payer pour que le printemps de l’humanité se mette en marche vers la Vie éternelle. Jésus n’a pas oublié les réalités terrestres. Il a guéri les malades. Il a dénoncé les marchands du temple de Jérusalem ainsi que la corruption des pharisiens. Mais ultimement, Jésus pointe sans cesse vers le chemin de son Royaume qui n’est pas de ce monde. Malgré deux mille ans d’existence, le printemps chrétien ne fait que commencer et se poursuit en dépit de toute réalité contraire.

 Serge St-Arneault, M.Afr
Missionaries of Africa
1 Mwapona Road, Woodlands
P.O. Box 320076
Lusaka – Zambia

+260 97 796 3278 (mobile phone)
sergestarno@gmail.com
www.sergestarno.blogspot.com
Serge St-Arneault, M.Afr
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lundi 2 janvier 2012

La bénédiction de la nouvelle année 2012


 Chézi, le 1er janvier 2012
La saison des pluies est déjà avancée. La plupart des gens ont déjà semé leurs grains de maïs. Dans certains champs, on voit poindre les premières feuilles de tabac. Dans un pays où les pluies ne tombent que trois ou quatre mois par année, celles-ci sont sans contredit une véritable bénédiction. L’eau est le garant de la vie. Malheureusement, les tendres nouvelles pousses verdoyantes du maïs se font rarement voir. Les pluies sont trop sporadiques et localisées. L’inquiétude est palpable. Pleuvra-t-il bientôt?
Une nouvelle année débute dans l’incertitude. Les gens sont également très déçus du gouvernement qui ne parvient pas à redresser le marasme économique caractérisé par un manque constant de devises étrangères pourtant essentiel pour son développement. Les quelques années de progrès économiques que le pays a connues depuis 2005 font place à une stagnation comparable à celle du Zimbabwe avec des pénuries constantes de carburant.
Cette dépendance aux éléments de la nature et aux soubresauts imprévisibles des politiciens me trouble. N’y a-t-il donc aucune alternative? Le calme et la confiance du peuple m’enseignent que la foi au Dieu-Chauta est la clef de la sagesse.
Bref, je me suis rendu au village de Chimphopo hier pour dire mes adieux. Les enfants ont eu la chance de boire un peu de jus d’orange que je leur avais apporté. Chacun avait sa tasse. Voilà un bien modeste cadeau pour célébrer la nouvelle année. Mais, ils étaient heureux et chantaient. Mon ami Chiponda m’a alors demandé de dire un mot, spécialement aux mamans.
— C’est avec tristesse que je vous quitte bientôt. Vous savez déjà que je vais partir dans les prochains jours pour me rendre à Lusaka, la capitale de la Zambie. Mais, avant de prendre la route, je vous laisse ma bénédiction. Que Dieu bénisse toutes vos familles, spécialement vos enfants! Malgré la distance qui nous séparera, nous resterons unis par la certitude que le Seigneur Jésus nous accompagnera. Respectons-nous les uns les autres dans un véritable amour. C’est ainsi que Dieu nous assure sa bénédiction. 
Sur le chemin de retour, j’observe le ciel. Les nuages s’amoncellent. J’ai à peine le temps de me rendre à la maison, de sortir de la voiture et une averse s’abat déversant une abondante pluie. Dieu-Chauta nous bénit.
À chacun et chacune d’entre vous, je vous souhaite une pluie de bénédiction pour la nouvelle année 2012. Amen!
Père Serge St-Arneault, M.Afr.

mercredi 28 décembre 2011

Ici est né l’enfant qui nous sauvera.

Kunja kuno kwabadwa Mwana amene adzatipulumutsa. (Ici est né l’enfant qui nous sauvera.)

Chézi, le 24 décembre 2011

Ce soir, nuit de Noël, nous célébrons une fois encore la naissance de Jésus. La différence est que nous sommes depuis peu sept milliards d’êtres humains sur la planète alors que la population était estimée entre 120 et 250 millions seulement à l’époque de Jésus. Mais un enfant demeure toujours un enfant et chacun d’entre eux est un don de Dieu. J’ai demandé au chef Batison Chimphopo s’il voulait bien faire un recensement de son village. Celui-ci se compose de 73 familles avec en moyenne deux enfants par famille. Les noms les plus courants sont ceux de Chimphopo, Chiponda, Chinyama, Katherere, Kalongosola, Amoni et Chadza. Il y a quelques semaines de cela, je me suis rendu au village où les enfants me semblaient être encore plus nombreux. Ils étaient là, tout autour, intrigués par ma présence. Il m’est alors venu les paroles du chanteur Robert Lebel :

Chaque enfant mérite d’être aimé

Chaque enfant a droit à la tendresse

Chaque enfant est un trésor sacré, un jardin de milliers de promesses

Chaque enfant mérite d’être aimé puisque Dieu habite sa faiblesse.

Cette année, plus que toute autre, je m’interroge sur cette faiblesse. Le petit nouveau-né Jésus, l’Emmanuel, l’enfant-Dieu que nous célébrons, est la faiblesse incarnée de Dieu. Quel mystère que celui du Verbe de Dieu parmi nous dans le corps d’un petit enfant! Cet événement est annonciateur de la réelle humanité de Jésus mis à l’épreuve et souffrant, ultimement mourant sur la croix.

Selon la culture du peuple Chéwa, la valeur du respect les uns envers les autres est fondamentale. Cela m’aide à comprendre un aspect du mystère de la faiblesse de l’enfant Jésus. En chichéwa, il s’agit de kulemekezana, c’est-à-dire se respecter mutuellement. Ceci s’applique sur tous les aspects de la vie et conditionne des rapports humains entre les villageois et leurs chefs, entre les époux, celui aussi des enfants entre eux et à l’égard de leurs parents et autres autorités, etc. Je soupçonne même que ce kulemekezana a quelque chose de plus concret ou de plus palpable que kukondana, c’est-à-dire s’aimer mutuellement.

L’enfant Jésus est donc le signe par excellence du respect que Dieu nous accorde dans son désir de vivre au milieu de nous en prenant en tout point notre condition mortelle. Le Dieu en qui nous croyons n’est pas un dieu opprimant du haut de sa puissance créatrice. Dieu habite la faiblesse de tout enfant qui nait, car il est lui-même devenu l’un d’eux. Dieu nous respecte au point de s’abaisser à notre niveau de créature. Comment puis-je donc répondre à ce kulemekezana? Qu’est-ce que je peux faire en retour pour respecter Dieu? Le premier pas est celui du respect que nous devons accorder pour chaque enfant. Robert Lebel a bien raison de chanter que chacun d’eux est un trésor sacré. Chacun mérite d’être aimé puisque Dieu habite sa faiblesse.

Mon ami Chiponda m’a annoncé récemment que l’une de ses filles allait bientôt accoucher de son premier enfant.

— Ce sera mon 23e petit enfant, me dit-il avec empressement. Allons lui rendre visite. Elle habite près d’ici.

Je m’y suis rendu une seconde fois après la naissance du bébé, un garçon.

— En souvenir de vous, nous aimerions que vous donniez un nom à l’enfant. Déjà le bébé de votre ami Kalindiza porte votre nom. Que diriez-vous de celui de votre frère?

— Ah! Oui! Cela est une bonne idée. Nom frère s’appelle Sylvain. Il faut cependant chéwasiser ce nom. Le bébé s’appellera donc Silivano.

— Alléluia! Amen!

Respectueusement vôtre, père Serge St-Arneault, M.Afr