Choisir à la manière de Jésus
Royal St-Arnaud, diacre permanent au diocèse de Trois-Rivières, m’a invité à l‘enregistrement d’une entrevue qui se fera à Shawinigan le 1er février prochain sur les ondes de Radio Ville-Marie. Quelle est l’origine de ma démarche vocationnelle, me demande-t-il. Mais comment dire en quelques mots l’histoire d’une vie? Par où commencer?
L’appel de Dieu est aussi mystérieux que l'origine et le but de l’existence. Cet appel est aussi nébuleux que le sens de la vie, puisque mystérieux. Il est aussi grand que la découverte d’un lieu d’engagement porteur de sens. Cet appel consume l’existence dans les remous du refus d’accueillir la voix intérieure exigeant l’abandon du moi narcissique. En vérité, cet appel fait peur. La paix n’est possible que dans le libre consentement à tout donner par amour.
— Pourquoi moi? Il y en a d’autres qui sont bien meilleurs que moi, ai-je dit un jour au Seigneur.
Or, lors d’une froide nuit hivernale sous un lampadaire voilant un ciel aussi noir que mon âme, je redressai la tête en me demandant où je me retrouverai l’année suivante, dans deux ans ou dans cinq ans. Incapable de figurer quoi que ce soit, une voix surgit de cette noirceur qui changea le reste de ma vie : « tu seras quelque part. Fais simplement confiance ». Mon cœur s’apaisa et je me remis en marche. Celle-ci m’a mené jusqu’en Afrique.
Dans la tourmente de la révolution tranquille des années 70, comprendre l’appel de Dieu relevait d’un tour de force. Mes années d’étude en théologie à l’U.Q.T.R. s’avérèrent être un passe-temps dans l’espoir de comprendre un jour où cela m’amènerait. Tout s’illumina lorsque j’ai reçu ma lettre d’acceptation (que je conserve précieusement) m’invitant à joindre les Missionnaires d’Afrique. Ce jour-là, j’ai su, non pas d’une connaissance abstraite ou intellectuelle, mais par une intuition spirituelle, que j’avais enfin trouvé mon chemin pour suivre totalement Jésus. L’hésitation initiale a alors fait place à l’allégresse tel un Saint-François d’Assise qui se dépouille de tout pour un bien supérieur : l’abandon et la confiance en une Parole de Vérité, l’Évangile.
Selon la tradition juive, Jésus a atteint sa maturité adulte à l’âge de 12 ans. Il se retrouve à Jérusalem et reste au temple à l’insu de ses parents qui le cherchent angoissé pendant trois jours (Luc 2, 41-52). Ce n’est qu’aujourd’hui que je porte attention à la première parole qui sort de la bouche de Jésus telle que présentée dans l’Évangile : « pourquoi donc me cherchiez-vous? » De fait, avec la reconnaissance officielle de sa majorité, avec l’intelligence que Jésus démontre, assis au milieu des docteurs, celui-ci aurait pu décider de poursuivre une brillante carrière rabbinique au Temple de Jérusalem. Cependant, il retournera à Nazareth pour 18 autres années avant le début de sa vie apostolique. Jésus agit ainsi, car sa véritable mission est de vivre dans la maison de son Père, qu’il accomplira une fois pour toutes sur la croix.
C’est cette même question qui a monopolisé mes années de jeunesse : pourquoi donc suis-je à la recherche de Jésus? Plus que jamais, cette question demeure d’actualité alors que l’édifice de la tradition catholique est mis à rude épreuve, entremêlé de scandales et de prophétismes.
En bout de piste, il s’agit de prendre une décision à la manière de Jésus. Quelle est donc cette manière de faire? Il s’agit avant tout de se libérer d’un choix qui n’a pour objet que le bien-être de ma propre personne pour, au contraire, dédier ce choix vers les autres, spécialement les plus pauvres. Dans mon cas, cela s’est concrétisé dans mon engagement missionnaire en Afrique, pour commencer au Zaïre-Congo, ensuite au Malawi et bientôt peut-être en Zambie.
— Que dois-je faire?, demanda le jeune homme riche à Jésus (Marc 10, 17-22).
— Une seule chose te manque : va, libère-toi des chaînes qui t’empêche de consacrer ta vie à tes frères et sœurs, puis, viens, suis-moi.
Vivre à la manière de Jésus, c’est pour moi accueillir et offrir ma dépendance à la volonté du Père. Pour cela, j’essaie de préserver ce qui est bon tout en me gardant du mal afin que mon être tout entier, mon esprit, mon âme et mon corps soient maintenus sans reproche (1Thess 5, 17-24). L’appel d’hier est le même qu’aujourd’hui. Comme autrefois, je ne sais pas où je serai dans les prochaines années. Cela m’importe peu. De la sorte, je m’apprivoise calmement cet autre passage que sera ma mort. Le goût de la vie, qui m’anime aujourd’hui, a déjà une saveur d’éternité.
Père Serge St-Arneault, M.Afr
Royal St-Arnaud, diacre permanent au diocèse de Trois-Rivières, m’a invité à l‘enregistrement d’une entrevue qui se fera à Shawinigan le 1er février prochain sur les ondes de Radio Ville-Marie. Quelle est l’origine de ma démarche vocationnelle, me demande-t-il. Mais comment dire en quelques mots l’histoire d’une vie? Par où commencer?
L’appel de Dieu est aussi mystérieux que l'origine et le but de l’existence. Cet appel est aussi nébuleux que le sens de la vie, puisque mystérieux. Il est aussi grand que la découverte d’un lieu d’engagement porteur de sens. Cet appel consume l’existence dans les remous du refus d’accueillir la voix intérieure exigeant l’abandon du moi narcissique. En vérité, cet appel fait peur. La paix n’est possible que dans le libre consentement à tout donner par amour.
— Pourquoi moi? Il y en a d’autres qui sont bien meilleurs que moi, ai-je dit un jour au Seigneur.
Or, lors d’une froide nuit hivernale sous un lampadaire voilant un ciel aussi noir que mon âme, je redressai la tête en me demandant où je me retrouverai l’année suivante, dans deux ans ou dans cinq ans. Incapable de figurer quoi que ce soit, une voix surgit de cette noirceur qui changea le reste de ma vie : « tu seras quelque part. Fais simplement confiance ». Mon cœur s’apaisa et je me remis en marche. Celle-ci m’a mené jusqu’en Afrique.
Dans la tourmente de la révolution tranquille des années 70, comprendre l’appel de Dieu relevait d’un tour de force. Mes années d’étude en théologie à l’U.Q.T.R. s’avérèrent être un passe-temps dans l’espoir de comprendre un jour où cela m’amènerait. Tout s’illumina lorsque j’ai reçu ma lettre d’acceptation (que je conserve précieusement) m’invitant à joindre les Missionnaires d’Afrique. Ce jour-là, j’ai su, non pas d’une connaissance abstraite ou intellectuelle, mais par une intuition spirituelle, que j’avais enfin trouvé mon chemin pour suivre totalement Jésus. L’hésitation initiale a alors fait place à l’allégresse tel un Saint-François d’Assise qui se dépouille de tout pour un bien supérieur : l’abandon et la confiance en une Parole de Vérité, l’Évangile.
Selon la tradition juive, Jésus a atteint sa maturité adulte à l’âge de 12 ans. Il se retrouve à Jérusalem et reste au temple à l’insu de ses parents qui le cherchent angoissé pendant trois jours (Luc 2, 41-52). Ce n’est qu’aujourd’hui que je porte attention à la première parole qui sort de la bouche de Jésus telle que présentée dans l’Évangile : « pourquoi donc me cherchiez-vous? » De fait, avec la reconnaissance officielle de sa majorité, avec l’intelligence que Jésus démontre, assis au milieu des docteurs, celui-ci aurait pu décider de poursuivre une brillante carrière rabbinique au Temple de Jérusalem. Cependant, il retournera à Nazareth pour 18 autres années avant le début de sa vie apostolique. Jésus agit ainsi, car sa véritable mission est de vivre dans la maison de son Père, qu’il accomplira une fois pour toutes sur la croix.
C’est cette même question qui a monopolisé mes années de jeunesse : pourquoi donc suis-je à la recherche de Jésus? Plus que jamais, cette question demeure d’actualité alors que l’édifice de la tradition catholique est mis à rude épreuve, entremêlé de scandales et de prophétismes.
En bout de piste, il s’agit de prendre une décision à la manière de Jésus. Quelle est donc cette manière de faire? Il s’agit avant tout de se libérer d’un choix qui n’a pour objet que le bien-être de ma propre personne pour, au contraire, dédier ce choix vers les autres, spécialement les plus pauvres. Dans mon cas, cela s’est concrétisé dans mon engagement missionnaire en Afrique, pour commencer au Zaïre-Congo, ensuite au Malawi et bientôt peut-être en Zambie.
— Que dois-je faire?, demanda le jeune homme riche à Jésus (Marc 10, 17-22).
— Une seule chose te manque : va, libère-toi des chaînes qui t’empêche de consacrer ta vie à tes frères et sœurs, puis, viens, suis-moi.
Vivre à la manière de Jésus, c’est pour moi accueillir et offrir ma dépendance à la volonté du Père. Pour cela, j’essaie de préserver ce qui est bon tout en me gardant du mal afin que mon être tout entier, mon esprit, mon âme et mon corps soient maintenus sans reproche (1Thess 5, 17-24). L’appel d’hier est le même qu’aujourd’hui. Comme autrefois, je ne sais pas où je serai dans les prochaines années. Cela m’importe peu. De la sorte, je m’apprivoise calmement cet autre passage que sera ma mort. Le goût de la vie, qui m’anime aujourd’hui, a déjà une saveur d’éternité.
Père Serge St-Arneault, M.Afr
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