Rédacteur en chef Stéphan Frappier (stephan.frappier@lenouvelliste.qc.ca)Le Nouvelliste ÉDITION WEEK-END 2-3 juillet 2011
Imaginez ce que ça peut représenter pour une famille qui perd tragiquement un proche de trouver un sens à la vie qui continue. De trouver la force d’envisager l’avenir, de faire son deuil, de résister à la colère et au découragement, de pardonner, d’essayer de tirer quelque chose de positif de cette terrassante épreuve. Imaginez en plus ce que ça peut signifier de devoir faire le ménage dans l’intimité de cette personne qu’on a tant chérie, de découvrir ses secrets, sa profonde vision de la vie... qui n’est plus là.
Les membres de la famille d’Annie St-Arneault, morte sous les balles de Marc Lépine le 6 décembre 1989 à l’École Polytechnique, ont mis plus de 20 ans à faire leur chemin à travers les étapes de la douleur, de l’incompréhension et de l’acceptation. Aujourd’hui, le temps leur a permis de prendre du recul et ils acceptent d’aller un peu plus vers le public. Si bien que le frère de la victime, Serge St-Arneault, vient de décider de publier un recueil de poèmes écrits par sa regrettée sœur.
«Je veux redonner à Annie son droit de parole qu’on lui a enlevé lorsqu’on l’a assassinée», explique M. St-Arneault, de passage à La Tuque dans le cadre des festivités du centenaire.
Cette initiative, qui exige beaucoup de courage de la part de la famille latuquoise, ne peut qu’avoir un effet bénéfique dans la communauté et auprès des proches d’Annie St-Arneault. Tout d’abord, ce recueil permet d’humaniser et d’individualiser un événement qui a marqué l’imaginaire collectif du Québec. Mais surtout, cette publication nous force à ne jamais oublier que derrière cette tragédie vivaient 14 jeunes femmes talentueuses, intelligentes, avec un brillant avenir devant elles, qui auraient assurément eu un impact dans leur milieu respectif.
Bref, elles n’étaient pas des femmes qui voulaient prendre la place des hommes dans la société, comme le pensait faussement leur bourreau. Elles étaient des étudiantes avec de grandes et légitimes ambitions qui faisaient partie de l’avenir du Québec.
Ce petit recueil de poésie nous rappelle également que ce sont des événements comme celui de la Polytechnique qui nous ont permis d’en arriver à un registre des armes à feu et de mettre en place des mesures pour au moins essayer que d’autres tragédies pareilles ne se reproduisent plus jamais. Malheureusement, ça prendra plus qu’un recueil de poèmes pour faire comprendre au gouvernement Harper de ne pas toucher à ce registre national qui permet d’exercer un meilleur contrôle sur les armes mises en circulation. Il ne faut cependant pas sous-estimer l’impact que peuvent avoir des initiatives comme celle de la famille St-Arneault. Pour faire changer les choses, il faut faire preuve de résilience et accepter d’en parler. Évidemment, ça peut faire mal.
Les retombées positives sont nombreuses
La mère de Katherine Beaulieu, morte il y a un an dans un accident sur la 55, l’a bien compris. Même si la douleur est encore intense et que la colère est vive devant la lenteur des tribunaux, elle a choisi de vivre son deuil en ayant un impact positif sur l’avenir et de donner des conférences pour sensibiliser les jeunes aux effets dévastateurs de l’alcool au volant.
Il y a d’autres exemples :
Pierre-Hugues Boisvenu, la famille de Cédrika Provencher, les parents qui ont participé à l’élaboration du concept Cool Taxi. Toutes ces personnes ont décidé un jour de s’impliquer positivement après avoir vécu l’irréparable. Évidemment,
ce n’est pas tout le monde qui a le courage et la force de le faire et c’est normal. Mais il faut saluer ceux qui tentent, à travers des conférences, une fondation et un recueil de poésie, de faire changer des lois, de sensibiliser la population, de permettre de se souvenir et surtout de donner de l’espoir à d’autres victimes de la fatalité qui essaient de continuer... malgré tout.
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