Je tiens à remercier toutes les personnes qui ont contribué avec grande générosité au récital de poésie qui a eu lieu au Complexe culturel Félix Leclerc de La Tuque le 8 septembre 2011. Je remercie particulièrement Christiane Giguère ainsi que les lectrices Lynn Bérubé, Hélène Comeau, Nadine Abboud Lebrun, Laurence Lessard, Danielle Paradis, Michèle Mongrain, Danielle Roy et Alain Michand sans oublier Sophie Lejeune pour son touchant témoignage et toute l’équipe technique. Je remercie aussi Réjean Harvey du poste de radio CFML La Tuque pour l’enregistrement réalisé dans leur studio. Cet enregistrement est disponible sur le lien suivant : Enregistrement CFLM La Tuque – recueil poésie 8 sept 2011 . Ou bien, sur le lien suivant : Entretient radiophonique sur les ondes de CFLM La Tuque, 7 septembre 2011.
Mes remerciements vont aussi à mes parents et autres membres de la famille, mes amies et copains. En vérité, ma reconnaissance s’adresse à toutes les nombreuses personnes qui ont assistés au récital des poèmes d’Annie le soir du 8 septembre et qui ont acheté son recueil.
À ces quelques mots, j’ajoute le mot de la fin que j’ai prononcé lors de cette soirée.
Allocution de Serge St-Arneault à la fin de la soirée de poésie en hommage à Annie St-Arneault.
Donner chair à sa propre parole
Adolescent, je me souviens d’avoir vu un reportage à la télévision au sujet d’un artiste dont j’oublie le nom. Il était grand et élancé, un peu âgé, il avait une longue chevelure et parlait d’une voix rauque. De fait, il avait l’air bizarre!
— « Qui êtes-vous ? » lui demanda l’intervieweur.
— « Je suis un poète », répondit-il.
Quoi! C’est ça un poète, me suis-je dit. Alors là! Pas pour moi.
Cependant, avec les années, j’ai découvert que j’étais, à ma manière, un poète. En réalité, nous sommes tous des poètes. Ce n’est pas d’abord une affaire intellectuelle. Être poète, c’est avoir du poème en soi, c’est donner chair à sa propre parole.
Ce soir, nous célébrons l’œuvre poétique de ma sœur Annie : Une parole pour traverser le temps. Son recueil est notre manière de l’entendre encore, de lui redonner une parole qui lui a été enlevée trop brutalement.
Mon expérience missionnaire
Vous savez que je suis prêtre missionnaire en Afrique. J’ai vécu ma première expérience au Zaïre-Congo où j’ai souvent côtoyé la mort. Un jour, où le chef Baviya est décédé, j’ai pris part aux cérémonies funéraires selon les rituels ancestraux accompagnés de danses guerrières et cela m’a permis de comprendre certaines choses. Voici ce que j’ai écrit dans mon journal personnel :
Le décès renvoie à deux types de phénomènes. Tout d’abord, le deuil psychologique, consécutif à la perte d’un être cher, crée un désarroi. Soutenu par les rites, le deuil social favorise quant à lui l’expression d’une série de relations et d’attitudes consécutives à la perte d’un être proche.
Le deuil est l’expression d’un combat contre l’agressivité de la mort associée à un adversaire. Le chagrin en est l’arme par laquelle l’intégration du phénomène de la mort est de faire participer chacun, vivants et défunts, à la pérennité du groupe. Ce dernier aspect est primordial. La victoire sur le chagrin ne peut se faire en isolation. Elle sera commune. Pour être exact, elle sera communautaire.
Ce soir, ici et maintenant, nous vivons cette expérience communautaire qui nous permet de surmonter notre chagrin. La tragédie de la Polytechnique du 6 décembre 1989 n’est pas seulement une affaire familiale. Par son ampleur, elle touche tout le monde. C’est la raison pour laquelle nous avons décidé de rendre publique l’œuvre poétique d’Annie. À ce propos, j’aimerais remercier particulièrement ma petite cousine Yolande, grande en taille et en sagesse, qui a amorcé, il y a plusieurs années, le projet de la création du recueil. Elle a fait cela avec la collaboration de Coriane Lefrançois qui a illustré le recueil de ses dessins inspirants. La liste de noms serait longue pour souligner toutes les personnes qui ont apporté leur contribution à la publication du recueil. Je souligne simplement mes parents, Laurette Perron et Bastien St-Arneault, mon frère Sylvain, ma sœur Lucie et notre amie de famille Danielle Paradis.
Que la voix des poètes s’élève!
La nuit dernière, j’ai fait un rêve. J’ai rêvé que le Complexe culturel s’était transformé en un immense livre de poésie où les poètes latuquois, femmes et hommes, filles et garçons, se rassemblaient pour réciter leurs poèmes en donnant chair à leur parole. J’ai donc le goût de vous mettre au défi de célébrer ensemble la beauté de la vie tout autant que la victoire de nos deuils grâce à une soirée de poésie que se tiendra ici même le 6 décembre prochain en souvenir des victimes de la Polytechnique. Vous êtes des poètes. Quelques mots suffisent. Une inspiration suffit. Plusieurs d’entre vous ont déjà griffonné quelques lignes sur un bout de papier. Vous gardez ces précieux bouts de papier dans un tiroir. Quel bonheur cela serait-il de pouvoir vous entendre et ainsi mettre un peu de chair sur votre parole, c’est-à-dire lui redonner un souffle de vie pour la joie et le bénéfice de tous!
Une feuille vous attend à l’entrée du Complexe culturel où vous pouvez dès ce soir griffonner votre nom en prévision de cette autre soirée de poésie du 6 décembre prochain.
Le Toit de l’amitié
Nul d’entre nous n’avait imaginé se retrouver ici ce soir. Nous sommes ici à cause d’une injustice, à cause d’une violence extrême qui nous prive de la présence d’Annie. Elle n’est pas la seule. Combien d’autres enfants, femmes et épouses, hommes et maris, jeunes et moins jeunes sont victimes de violence! Nous sommes ici pour dénoncer toute forme de violence et pour proclamer que toute vie est sacrée. C’est pourquoi j’ai insisté pour remettre une partie des revenus de la vente du recueil de poésie d’Annie au Toit de l’amitié. Je suis donc heureux de remettre un chèque de 400 $ au Toit de l’amitié en signe de soutien pour leur beau travail.
L’arbre fièrement enraciné
Aussi, je veux vous signaler la publication d’un petit livre dédié à mon papa, intitulé «L’arbre fièrement enraciné » qui relate sa longue vie de travail dans les chantiers forestiers et à l’usine de papier. Non seulement nous, comme membres de famille, sommes fiers de lui, mais beaucoup de personnes ici présentes pourraient également rendre témoignage à cet homme extraordinaire qui vient tout juste de célébrer ses 87 ans.
En terminant, je souligne que j’entreprends le 18 septembre prochain mon 10evoyage en Afrique. Je retourne au Malawi pour quelques mois avant de me rendre en Zambie au mois de février pour assumer de nouvelles responsabilités en tant que secrétaire provincial de notre province d’Afrique australe qui comprend l’Afrique du Sud, le Mozambique, le Malawi et la Zambie.
Le plus grand de poète
Nous avons dit que pour être poète, il s’agit d’avoir du poème en soi, de donner chair à sa propre parole. Pour moi, le plus grand de poète, c’est Jésus. Sa vie entière est une œuvre poétique, reflet de la Parole de Dieu qui a pris chair dans le Verbe incarné. Aujourd’hui encore, c’est la chair de sa parole qui nous nourrit spirituellement. Mon expérience, au dire de Judith Vézina, m’amène à croire qu’en chaque personne, l’essentiel est immortel. La vie continue sa route autrement. « Un être humain qui s’éteint, ce n’est pas un mortel qui finit, c’est un immortel qui commence. » (Doris Lussier, de son poème : Le tombeau est un berceau.)
Bénédiction finale
Je vous invite maintenant à vous recueillir pour une bénédiction.
Seigneur, en ce soir mémorable où la propre voix prend chair dans nos cœurs, veuille bénir toute l’assemblée ici présente, tout le personnel administratif et technique du Complexe culturel, toutes les voix de femme qui ont lu les poèmes d’Annie, toutes les personnes assumant des responsabilités publiques, toutes les personnes qui vivent des deuils et toutes celles qui sont victimes de violences ainsi que toutes celles qui les assistent.
Seigneur, que ta bénédiction de ce soir fortifie notre espérance, notre foi et notre amour pour tous les enfants de Dieu que sont nos sœurs et nos frères en humanité. Au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit. Amen!
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