Le voyage a été très long. Il m’a fallu trois avions et dix-huit heures de vol échelonnées sur deux jours entre Montréal et Amsterdam, puis Nairobi, Lusaka et finalement Lilongwé. Je n’ai dormi que quelques heures dans une petite chambre de l’aéroport d’Amsterdam. Heureusement, je n’ai eu aucun ennui au passage des douanes et plusieurs de mes confrères m’attendaient à Lilongwé dont Claudio Zuccala, italien, avec lequel j’ai été ordonné diacre à Londres le 6 décembre 1986. Jean Arnaud, français, m’a ramené à Chézi dans sa petite voiture en me partageant les dernières nouvelles.
Je suis frappé par l’aridité des lieux. En effet, la saison sèche débutée au mois d’avril se poursuit normalement jusqu’au mois de novembre ou peut-être même en décembre. Les nuits sont agréablement fraiches. Par contre, le soleil demeure ardent après la dissipation des nuages du matin. Le vent souffle avec force soulevant la poussière. Là où se trouvaient encore des arbres au moment de mon départ l’année dernière, spécialement sur la montagne de Chézi adjacente à notre maison, il ne reste presque plus rien. L’environnement subit sans ménagement la pression démographique.
Mon corps est bel et bien de retour, mais mes pensées se dirigent surtout vers le Québec que j’ai quitté pour la dixième fois en l'espace de trente ans. C’est un départ plus difficile que les précédents. Je me sépare encore une fois de mes parents qui prennent de l’âge, de mes amis et amies ainsi que d’un style de vie, avouons-le, très favorable. Signe étrange, j’ai eu des crampes au niveau de ma jambe droite quelques jours avant mon départ. Serait-ce qu’une partie de moi-même résistait à l’idée de repartir?
Toujours est-il que je suis là! Je reprends ma routine : prière communautaire et messe du matin à 6 h. J’ai pris la décision de ne rien brusquer. De toute façon, il est impossible d’aller plus vite que le rythme du pays. La vitesse Internet l’illustre bien. Elle est d’une lenteur exécrable. Ouvrir un courriel prend au bas mot cinq minutes. Mais, il y a toujours espoir. Il semble qu’il soit possible d’acheter une clef USB qui permet d’obtenir un lien Internet plus rapide grâce à la compagnie de téléphone cellulaire TNM. Entre temps, j’ai réussi à renouveler mon permis de conduire et obtenir un nouveau numéro de téléphone avec Airtel, une compagnie de téléphone cellulaire indienne qui a acheté Zain. Voici mon numéro : +265 99 2 822 423.
À mon grand étonnement, mon chichéwa revient rapidement. J’ai déjà présidé et prêché la messe d’aujourd’hui. Les mots reprennent leur légitime place dans ma tête. Je trouve cela hallucinant. Je m’imaginais avoir beaucoup plus de difficulté. Mais, au juste, qu’est-ce qui est le plus difficile? Pour le moment, mon obstacle le plus visible me semble être celui de vraiment atterrir sur cette terre d’accueil et de renouer avec mes sentiments d’appartenance avec les Malawiens. Mon ami Dickson Chiponda, pasteur pentecôtiste et lui-même chef de village, va certainement me faciliter la tâche. Il a été le premier à me souhaiter la bienvenue à Chézi lorsque je suis arrivé mardi dernier.
— Les gens de ton village ont hâte de te revoir, chef Chimphopo. Tous les autres chefs sont déjà au courant de ton retour.
— Merci, mais je suis vraiment fatigué après un si long voyage.
— Évidemment! C’est pourquoi nous allons préparer bientôt une petite réception. Je reviendrai vous en parler dimanche prochain.
Chézi, jeudi 29 septembre 2011
Est-ce vraiment étonnant ? Internet ne fonctionne pas… encore très bien. La nouvelle clef USB de TNM n’est pas plus performante que celle que j’utilisais autrefois. Malgré tout, je suis parvenu à utiliser brièvement mon adresse courriel avec Gmail plutôt qu’Hotmail. Pour me contacter, il est donc préférable d’utiliser l’adresse suivante : sergestarno@gmail.com.
Jean m’a prêté sa voiture, une petite Nissan. J’ai réussi à faire la moitié du chemin avant de tomber en panne. La pédale d’accélération ne répondait plus. Mais la chance était de mon côté. Je suis parvenu à communiquer avec Jean grâce au numéro de téléphone de Kapatamoyo, l’un de nos catéchistes. Puis, j’ai rejoint mon confrère Bill Turnbull du centre d’analyse sociale de Kanengo à Lilongwé qui est venu à mon secours en envoyant son chauffeur. J’avais justement un rendez-vous avec Bill.
J’ai reçu l’autorisation de prendre une voiture d’occasion pour mes déplacements, une Toyota. Cela m’a parmi de retourner à Chézi en fin d’après-midi avec notre confrère nouvellement ordonné, Filiyanus Ekka originaire de l’Inde, ainsi qu’un jeune stagiaire Clayb Caputolan des Philippines. Filiyanus restera avec nous à Chézi. Quant à Climb, il rejoindra Kanengo après son cours de chichéwa à Mua.
Je suis retourné à Lilongwé mardi pour échanger la Toyota pour une autre voiture, une Nissan semblable à celle de Jean. Une petite tournée en ville m’a convaincu de reprendre la première voiture. La Nissan ne démarre pas d’elle-même. Je ne peux pas m’imaginer demander chaque fois aux passants de pousser ma voiture pour pouvoir démarrer. Entre deux « bazous », je choisis donc la Toyota!
Quand pourrai-je vous faire parvenir ce message? La suite le dira.
Chézi, lundi 3 octobre 2011
Eh bien! Rien n’est facile au Malawi. Voilà deux semaines écoulées depuis mon arrivée et je n’ai toujours pas de lien Internet fiable. Il y a bel et bien un signal, mais même au centre d’analyse sociale de Kanengo à Lilongué, où je suis en ce moment, et qui possède un lien Internet indépendant par satellite, les messages courriel parviennent difficilement à destination. Comme c’est compliqué parfois!
Le Malawi traverse une période trouble. Il y a constamment pénurie d’essence. L’économie ne progresse plus et une forme de dictature politique se met en place. La population est très mécontente.
Serge St-Arneault, M.Afr
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