mercredi 28 décembre 2011

Ici est né l’enfant qui nous sauvera.

Kunja kuno kwabadwa Mwana amene adzatipulumutsa. (Ici est né l’enfant qui nous sauvera.)

Chézi, le 24 décembre 2011

Ce soir, nuit de Noël, nous célébrons une fois encore la naissance de Jésus. La différence est que nous sommes depuis peu sept milliards d’êtres humains sur la planète alors que la population était estimée entre 120 et 250 millions seulement à l’époque de Jésus. Mais un enfant demeure toujours un enfant et chacun d’entre eux est un don de Dieu. J’ai demandé au chef Batison Chimphopo s’il voulait bien faire un recensement de son village. Celui-ci se compose de 73 familles avec en moyenne deux enfants par famille. Les noms les plus courants sont ceux de Chimphopo, Chiponda, Chinyama, Katherere, Kalongosola, Amoni et Chadza. Il y a quelques semaines de cela, je me suis rendu au village où les enfants me semblaient être encore plus nombreux. Ils étaient là, tout autour, intrigués par ma présence. Il m’est alors venu les paroles du chanteur Robert Lebel :

Chaque enfant mérite d’être aimé

Chaque enfant a droit à la tendresse

Chaque enfant est un trésor sacré, un jardin de milliers de promesses

Chaque enfant mérite d’être aimé puisque Dieu habite sa faiblesse.

Cette année, plus que toute autre, je m’interroge sur cette faiblesse. Le petit nouveau-né Jésus, l’Emmanuel, l’enfant-Dieu que nous célébrons, est la faiblesse incarnée de Dieu. Quel mystère que celui du Verbe de Dieu parmi nous dans le corps d’un petit enfant! Cet événement est annonciateur de la réelle humanité de Jésus mis à l’épreuve et souffrant, ultimement mourant sur la croix.

Selon la culture du peuple Chéwa, la valeur du respect les uns envers les autres est fondamentale. Cela m’aide à comprendre un aspect du mystère de la faiblesse de l’enfant Jésus. En chichéwa, il s’agit de kulemekezana, c’est-à-dire se respecter mutuellement. Ceci s’applique sur tous les aspects de la vie et conditionne des rapports humains entre les villageois et leurs chefs, entre les époux, celui aussi des enfants entre eux et à l’égard de leurs parents et autres autorités, etc. Je soupçonne même que ce kulemekezana a quelque chose de plus concret ou de plus palpable que kukondana, c’est-à-dire s’aimer mutuellement.

L’enfant Jésus est donc le signe par excellence du respect que Dieu nous accorde dans son désir de vivre au milieu de nous en prenant en tout point notre condition mortelle. Le Dieu en qui nous croyons n’est pas un dieu opprimant du haut de sa puissance créatrice. Dieu habite la faiblesse de tout enfant qui nait, car il est lui-même devenu l’un d’eux. Dieu nous respecte au point de s’abaisser à notre niveau de créature. Comment puis-je donc répondre à ce kulemekezana? Qu’est-ce que je peux faire en retour pour respecter Dieu? Le premier pas est celui du respect que nous devons accorder pour chaque enfant. Robert Lebel a bien raison de chanter que chacun d’eux est un trésor sacré. Chacun mérite d’être aimé puisque Dieu habite sa faiblesse.

Mon ami Chiponda m’a annoncé récemment que l’une de ses filles allait bientôt accoucher de son premier enfant.

— Ce sera mon 23e petit enfant, me dit-il avec empressement. Allons lui rendre visite. Elle habite près d’ici.

Je m’y suis rendu une seconde fois après la naissance du bébé, un garçon.

— En souvenir de vous, nous aimerions que vous donniez un nom à l’enfant. Déjà le bébé de votre ami Kalindiza porte votre nom. Que diriez-vous de celui de votre frère?

— Ah! Oui! Cela est une bonne idée. Nom frère s’appelle Sylvain. Il faut cependant chéwasiser ce nom. Le bébé s’appellera donc Silivano.

— Alléluia! Amen!

Respectueusement vôtre, père Serge St-Arneault, M.Afr

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